
1896
1904
1904
1945
Années 1980
Sainte-Véronique tire ses origines dans la toute fin du 19e siècle. C’est en 1895 qu’un voyage exploratoire est entrepris par un groupe d’hommes souhaitant ouvrir une nouvelle colonie dans les cantons environnant Nominingue. Ce sont Henri Martineau, le docteur Louis-Aristide-Georges Jacques et Joseph Carrier. De retour à Montréal, Martineau et Jacques se font concéder par le gouvernement le droit de choisir les colons du nouveau territoire de colonisation. Dès lors, c’est par le docteur Jacques qu’il faut passer pour obtenir une terre dans le canton Turgeon.
Dans les trois mois qui suivent, le docteur Jacques, Martineau agissant comme son trésorier, vendent près de 250 terres à des colons souhaitant s’installer sur les rives du Lac Tibériade et dans les rangs environnants. C’est l’année 1896 qui marque l’établissement des premiers colons dans les rangs du canton Turgeon. C’est Henri Martineau qui semble être le premier à s’établir, en mars-avril 1896, sur le lot 23 du rang III. Il est alors aidé d’un groupe d’amis de Montréal qui quittent rapidement devant la dureté du labeur, laissant Henri et son fils Ovide terminer le travail. La première habitation qu’ils construiront accueillera par la suite, si ce n’est que temporairement, les prochains colons venant ouvrir les terres de Sainte-Véronique.
Il faut toutefois attendre la fin du mois de juillet pour que la première famille s’établisse sur le territoire au moment où la femme et les enfants d’Henri Martineau viennent le rejoindre dans une toute nouvelle habitation construite juste à côté de la première. Cette même année, la construction d’un chemin pour relier Sainte-Véronique à L’Annonciation, le chemin Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, est entreprise et la première messe est célébrée en décembre chez M. Martineau par l’abbé Joseph Cottet, supérieur de la communauté des Chanoines Réguliers de l’Immaculée-Conception à Nominingue. À partir de l’année suivante, la messe se donnera dans une petite chapelle érigée sur le lot de M. Martineau.
Mais cette chapelle sera la source d’un important ralentissement du développement de la colonie de Sainte-Véronique. En effet, le lieu choisi, le lot 23 du rang III, est très peu accessible pour une partie des colons qui vivent plus au sud-est. Ces colons sont en colère et plusieurs lettres sont envoyées à Québec et à Ottawa pour se plaindre de la gestion de M. Martineau et du docteur Jacques : pour ces colons, ces gestionnaires n’ont pas l’intérêt de la colonie à cœur et travaillent à des fins personnelles. Cette guerre de clochers entre les habitants, entre le camp pro-Martineau-Jacques et leurs opposants, aboutira au départ de Martineau de la colonie à la fin de 1896. Dès lors, la colonie perd un de ces membres les plus dynamiques et rencontre une période de ralentissement, voire de déclin, un an seulement après l’arrivée des premiers colons. De 222 âmes en 1897, on ne n’en compte plus que 109 en 1900. Les familles quittent à un rythme alarmant.
Cet exode présente toutefois l’avantage de laisser sur place une communauté particulièrement dynamique qui tient mordicus à voir la colonie de Sainte-Véronique couronnée de succès. Malgré la perte démographique des années précédentes, le village érige sa première église en 1904 et son premier presbytère en 1905 pour finalement accueillir son premier curé résident, en 1904, le curé Dom Victor Épinard. La collection de maisons de colonisation autour du lac Tibériade ressemble de plus en plus à un village en bonne et due forme.
Le village continue de se développer dans les premières décennies du 20e siècle malgré le coup dur vécu au tournant du siècle. L’industrie forestière est un moteur de développement économique particulièrement efficace. Dès 1898, Lucien Gérard construit un moulin à scie dans le 5e rang et les trois premières décennies du 20e siècle sont témoin d’une explosion d’ouverture de nouvelles scieries (moulins Beaudouin, Bégin, Girard, Godard/Lacasse, Eagle Lumber, Mofette, etc.). S’ajoutent aux scieries plusieurs personnes qui deviennent « jobbers » (sous-contractants) pour la Hamilton Bros. et plus tard pour la Canadian International Paper (CIP) en plus des colons qui vont chercher un revenu d’appoint, soit en allant travailler au chantier l’hiver, soit en vendant aux compagnies le bois abattu sur leur lot de colonisation.
Et le village continue son développement au-delà de l’aspect forestier. Sur l’aspect commercial, les premiers magasins-généraux font leur apparition, de même qu’une quantité impressionnante d’hôtels qui témoignent d’une industrie touristique naissante, de l’afflux de nouveaux colons et du passage de nombreux bûcherons. Au niveau industriel, outre les scieries, on voit apparaitre les premières beurreries et fromageries. Au niveau scolaire, on se dote d’une commission scolaire en 1902 et on érige une première école au village en 1904 et quatre autres dans les rangs environnants dans les décennies précédant le dépôt du Rapport Parent et la centralisation scolaire. Le village devient corporation municipale en 1904. Au niveau religieux, la paroisse de Sainte-Véronique est officiellement créée en 1921 par Mgr. Brunet, évêque du diocèse de Mont-Laurier. Malgré le coup dur vécu par la communauté à la fin du 19e siècle, moment où plus de la moitié des colons quittent, on constate que ceux qui sont restés ont su se prendre en main et développer la colonie, de façon à ce qu’on compte 380 habitants en 1904.
Durant l’après-guerre (1945-1980), l’industrie touristique commencera à prendre un rôle prépondérant dans l’économie de Sainte-Véronique. Dès 1948, Gaétan Lacasse ouvre une pourvoirie sur le réservoir Kiamika, qui motivera en bonne partie le développement touristique du réservoir dans les années subséquentes. La pourvoirie est renommée Cécaurel en 1978 lorsque Cécile et Aurèle Legault s’en portent acquéreurs. Le lac Tibériade connait également un fort développement touristique durant cette période. Dans les années 1960, sous la poussée du député de l’Union Nationale Fernand Lafontaine, le potentiel touristique du lac est développé. En 1967, le gouvernement du Québec achète un terrain sur les bords du lac et du ruisseau Jourdain pour l’aménager en camping, le camping Sainte-Véronique, un camping de 200 places qui occupe une place d’importance au sein de l’industrie touristique locale. En 1970, le député Lafontaine débute la construction d’un centre de plein-air pour jeunes défavorisés sur le bord du lac Tibériade en l’honneur de sa femme, Marie-Paule Tremblay, décédée cette année-là. Le centre Marie-Paule sera ouvert de 1971 à 2009 et est un excellent témoin de la vocation touristique de Sainte-Véronique durant la période d’après-guerre.
Le rythme s’est quelque peu ralenti depuis les années 1980. L’industrie forestière connait une série de crises durant le 20e siècle (en bonne partie causée par la crise économique de 1929 et les deux crises du pétrole dans les années 1970) et on ne peut plus se reposer sur cette source de revenus autant qu’on le faisait par le passé. Sainte-Véronique semble donc avoir misé sur la continuation et le développement de leur industrie touristique, particulièrement au niveau du secteur du parc régional du réservoir Kiamika. Depuis 2004, les municipalités bordant le parc (Chute-Saint-Philippe, Lac-Saguay et Rivière-Rouge, dont fait partie Sainte-Véronique) se sont associées à l’association des propriétaires du réservoir Kiamika et à la MRC Antoine-Labelle pour développer et protéger le potentiel récréotouristique du parc.