Fenêtre sur le passé
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1880

Premiers arrivants

C’est vers 1835 que la compagnie forestière Hamilton Bros. obtient ses premières concessions sur la rivière Rouge. Il faut toutefois attendre 1852 pour que la compagnie commence leurs exploitations dans la Haute-Rouge lors de l’obtention d’une concession au lac Nominingue. C’est à cette compagnie forestière que l’on doit les premiers établissements d’origine européenne sur le territoire de ce qui deviendra L’Annonciation, puis Rivière-Rouge. En effet, entre 1860 et 1865, la compagnie fait construire la Ferme du Milieu, une ferme forestière qui servira à approvisionner les chantiers régionaux en vivres, tant pour les hommes que pour les chevaux.

 

C’est la présence de la Ferme du Milieu qui fait germer dans la tête du curé Labelle le projet d’un village dans ces environs. Effectivement, lors d’un voyage exploratoire en 1879, le curé est émerveillé par le rendement agricole de la ferme. Certainement, l’endroit est idéal pour y établir des agriculteurs! Comme pour la plupart des plus anciens villages des Hautes-Laurentides, le curé Labelle milite auprès des populations des vieilles paroisses pour les encourager à coloniser « Le Nord » et s’établir dans les nouveaux  territoires de colonisation.

 

C’est ainsi que seulement un an après son premier voyage exploratoire à la Ferme du Milieu, les premiers colons font leur arrivée. Convaincus par le discours du curé Labelle sur le rendement de la ferme forestière, le colon Emery Chartrand, de Saint-Vincent de Paul, s’en porte acquéreur auprès de la compagnie Hamilton Bros. en 1880. La même année, les familles de colons Groulx, Chartrand, Latour et Boileau font également leur arrivée, inspirés par le curé Labelle.

La ferme du Milieu

1886

L'église de l'Annonciation

Le dynamisme de la première décennie

Si ces quatre familles sont les premières à s’installer sur le territoire de la future ville de L’Annonciation, elles seront rapidement suivies par d’autres, tout autant animées par le rêve du curé Labelle ou tout simplement à la recherche d’une vie meilleure. C’est donc 74 familles qui s’installent dans le nouveau territoire de colonisation entre 1880 et 1891. La plupart viennent des comtés de Terrebonne ou de Saint-Jérôme. On compte alors 414 habitants au sein du village et aux alentours.

 

Qui dit augmentation démographique, dit aussi augmentation des besoins. Et certains colons particulièrement entrepreneurs sont là pour répondre à ces besoins. Typiquement, le moulin à scie est le premier besoin à se manifester chez la population locale, ce dernier étant quasi conditionnel aux développements subséquents du village. C’est ainsi qu’en 1881, le curé Labelle cède six arpents de terre à Joseph Paquette, sur le long du ruisseau, dans le but d’y construire un moulin à scie, chose qui se réalise l’année suivante en 1882. L’année d’après, une cadrerie est construite par Georges Garreault un peu en amont du moulin de M. Paquette et le premier magasin du village ouvre ses portes dans un espace réservé à cet effet dans la maison de Napoléon Denis. En 1884, on construit la première chapelle, en 1885 on ouvre le premier bureau de poste chez Joseph Demers qui le déménage dans son magasin-général, le premier du village, l’année suivante, en 1886. C’est d’ailleurs en l’année 1886 que le village prend officiellement existence alors qu’on érige la municipalité du canton Marchand.

Saviez-vous que?

Villaniville

À la fin du 19e siècle, une immigrant d’origine italienne, Andréa Villani, vient s’établir sur le territoire actuel de Rivière-Rouge pour y ouvrir un moulin à scie. Pour s’alimenter en main-d’œuvre, il fait venir d’autres immigrants d’origine italienne de Montréal et bien vite une petite communauté italienne se forme, au point où ils représentent 6% de la population du canton Marchand en 1901. Vers le début du 20e siècle, M. Villani se lance dans l’entreprise de la soie. Mais le climat rude des Hautes-Laurentides ne supporte par la croissance des mûriers dont les feuilles nourrissent les vers à soie. L’entreprise est un échec et M. Villani est contraint de vendre à un autre entrepreneur, M. Alfred Adam, en 1906. Un incendie de forêt détruit la plupart des installations en 1908. Devant les revers des dernières années, la communauté retourne peu à peu vivre à Montréal. Aujourd’hui, des traces de leur présence sont toujours présentes. Le rapide des Italiens est nommé en l’honneur de cette communauté qui y vivait et on peut toujours voir les vestiges de l’usine de vers à soie sur le chemin du Rapide, là où il rejoint la route 117.

1891

Le départ des Jésuites et la mort du curé Labelle

Une première décennie d’existence bien occupée culmine par l’année 1891 qui marque des changements majeurs. D’une part, les Jésuites, installés à Nominingue depuis 1883, quittent la colonie. Un coup dur pour la région de la Rouge dont la colonisation était dirigée par la congrégation religieuse depuis que le curé Labelle leur en avait fait la demande dans les années 1880. Leurs remplaçants, les chanoines réguliers de l’Immaculée-Conception, ne répondent pas aux attentes des habitants de la Rouge, comme le démontre une série de plaintes adressées à l’évêque d’Ottawa, Mgr Duhamel, sur la mauvaise gestion de la colonie par les chanoines entre 1897 et 1907. D’autre part, le curé Labelle meurt dans la nuit du 3 au 4 janvier 1891. Les colons de la Rouge perdent ainsi le plus grand porteur du projet de colonisation à l’échelle nationale et l’une des raisons principales se cachant derrière l’arrivée de plusieurs familles chaque année.

 

La période suivant 1891 connait donc un ralentissement certain par rapport au dynamisme de la première décennie. Le village continue son développement, mais plus lentement. La première église en bonne et due forme est érigée en 1898 et en 1899 la première beurrerie, la boulangerie Gauvreau et le premier hôtel du village ouvrent leurs portes. En 1902, on ouvre une seconde école, l’école de rang no. 2 (école Desjardins). Bien que l’évolution démographique reste positive durant la période, beaucoup de familles quittent pour les États-Unis ou l’Ouest canadien, chose qu’on voyait peu une décennie plus tôt. Il faut attendre 1903 pour que cette décennie de croissance lente prenne fin.

Le père Martineau, premier Jésuite établi sur la rouge
Le curé Labelle lors d'une expédition dans la région
La boulangerie Gauvreau

1903

Le chemin de fer menant au village
Les fours à charbon près de la gare

L'arrivée du chemin de fer

C’est l’année 1903 qui marque l’arrivée du chemin de fer à L’Annonciation. Ce nouveau contexte, celui d’être connecté aux grands centres, change la donne pour la municipalité du canton Marchand. D’une part, il est maintenant beaucoup plus facile pour les nouveaux colons de faire le voyage jusqu’à la Rouge. D’autre part, le chemin de fer rend accessibles les grands marchés de Montréal, voire les marchés internationaux. Un contexte qui contribuera à redynamiser le développement de L’Annonciation par le développement de nouvelles industries dédiées à l’exportation vers Montréal (bois de chauffage, beurre, charbon de bois, etc.) et par le développement d’industries touristiques centrées autour de la chasse, de la pêche et du plein-air. C’est d’ailleurs durant cette période, en 1908, que le village devient suffisamment populeux pour être détaché de la corporation municipale du canton Marchand ; le village de L’Annonciation est alors officiellement né.

Saviez-vous que?

La production de charbon

L’Annonciation fut, pendant une partie de son histoire, un important centre de production de charbon. Le bois et, surtout, les retailles produites par les moulins à scie, sont abondants dans la région, la matière première pour produire du charbon est donc accessible et bon marché. En 1919, la compagnie Gagnon démarre son entreprise de charbon près de la gare, qui est rachetée par Origène Borduas en 1933. Le charbon produit à partir de beau bois, de meilleure qualité, était généralement exporté alors que celui produit avec les déchets des scieries servait plutôt à la distribution régionale. Au plus haut de sa production, onze fours de taille industrielle chauffaient jours et nuits. La compagnie ferme ses portes en 1968 face à la baisse de la demande et la concurrence toujours plus forte du marché international. Les fours sont, pour leur part, démolis en 1986.

1929

Vue sur la rue principale

La crise économique de 1929

En 1929, survient le krach boursier à la bourse de New York. Les effets s’en font ressentir jusque dans les régions les plus éloignées et L’Annonciation n’est pas épargnée. Le coup est extrêmement dur. L’économie de la localité tourne alors principalement autour de l’industrie forestière et la demande dans le secteur baisse massivement suite à la crise. Beaucoup de « jobbers » (sous-contractants des compagnies forestières qui possèdent un ou plusieurs chantiers dans la région) cessent leurs activités, ce qui retire beaucoup d’emplois du marché. Beaucoup prennent la décision de se tourner vers l’agriculture. C’est ainsi qu’on assiste à une légère hausse de la population rurale durant la décennie 1930-1940.

 

Mais cette augmentation démographique dans les rangs de L’Annonciation ne dure qu’une décennie. Au bout de celle-ci, la crise économique s’est généralement résorbée. Ceux qui se sont refugiés sur les terres entourant le village prennent la décision de quitter face au pauvre rendement du sol agraire régional. Ainsi, si on compte 80% de la population en campagne en 1940, elle ne représente plus que 5% en 1961. C’est que le village entre dans une nouvelle période, celle de sa modernisation.

1940

Industrie de services

L’impact de la crise économique aura causé la fermeture de beaucoup d’industries du secteur primaire de la région de L’Annonciation qui représentait la majorité des emplois du territoire, particulièrement dans le milieu forestier. Toutefois, les secteurs secondaire et, surtout, tertiaire, connaîtront un boom de croissance immense durant la période. D’une part, parce que L’Annonciation devient peu à peu le centre commercial dans la Haute-Rouge. Les commerces s’y concentrent peu à peu, notamment dû au fait que la route nationale Montréal-Abitibi y passe à partir de 1940. De nouveaux emplois dans le domaine du commerce font donc leur apparition au village. Mais le véritable moteur derrière cette transformation de l’économie vers le secteur tertiaire réside dans les projets gouvernementaux.

 

La base militaire Bomarc ouvre ses portes en 1959. L’hôpital des Laurentides est inauguré en 1961. Les écoles laïques sont créées durant la décennie. Tous des projets qui offrent des emplois dans le secteur des services. Le deux-tiers des nouveaux emplois sont issus de ce secteur et, durant la période 1961-1971, la ville de L’Annonciation passe de 1042 habitants à 2163 habitants.

La route nationale
La base militaire
L'hôpital en chantier

Années 1980

Et ça continue...

Les décennies qui suivent sont difficiles pour la ville. Le phénomène de transfert des emplois vers le secteur tertiaire continue, mais n’est plus animé du dynamisme des premiers temps. Les nouveaux projets gouvernementaux sont quasi inexistants. Oui, on ouvre le collège Manitou, puis le pénitencier dans les années 1970 qui viennent chacun offrir de l’emploi à la population locale, mais ces projets viennent remplacer ceux qui les précèdent, le gain net d’emploi est donc loin d’être impressionnant.

 

En plus de l’absence de nouveaux projets gouvernementaux d’envergure, qui entraine une morosité au niveau de la création d’emplois dans le secteur tertiaire, le secteur primaire a plus de difficultés que jamais. La Canadian International Paper (CIP), employeur régional majeur dans le domaine forestier, perd ses concessions sur la Rouge vers 1978-1979. Si certains petits entrepreneurs locaux profitent du vide laissé pour se lancer dans l’exploitation forestière, la perte globale d’emploi est bien réelle et frappe durement la ville, alors qu’elle devait déjà composer avec des problèmes du même ordre. Pire encore, ces pertes d’emplois entrainent une baisse de la consommation qui se traduit par la fermeture de plusieurs commerces de la ville dans les années 1980.

 

Malheureusement, on peut faire le même constat pour les décennies 1990 et 2000. La ville de L’Annonciation, maintenant Rivière-Rouge depuis 2002-2003 (suite à sa fusion avec Sainte-Véronique), continue à vivre grâce au secteur tertiaire. La ville reste un centre pour le commerce dans la Haute-Rouge et beaucoup des bons emplois restent dépendants du financement provincial ou fédéral : hôpital, pénitencier, écoles, etc. Malgré cette morosité au niveau économique, la ville de Rivière-Rouge peut toutefois se targuer d’être particulièrement dynamique sur les plans social et culturel grâce à une population locale particulièrement impliquée et attachée à son milieu.