Fenêtre sur le passé
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1916

Premiers arrivants

Comme pour beaucoup des villages sur la Lièvre, ce sont les compagnies forestières qui sont les premières présences d’origine européenne sur le territoire. Dès 1844, on rapporte dans la région de Sainte-Anne-du-Lac, en amont de la décharge de la rivière Tapanee, la présence d’une ferme forestière appartenant au baron du bois Lévis Bigelow, installé à Buckingham. Les forestiers restent la seule présence d’origine européenne sur le territoire de Sainte-Anne-du-Lac pour le reste du siècle. En effet, la colonisation sur la Lièvre commence véritablement dans les années 1880 et se concentre d’abord autour de Mont-Laurier, qui se positionne comme point de départ du mouvement. Il faudra donc attendre les années 1910 avant que ce mouvement colonisateur se rende jusqu’à Sainte-Anne-du-Lac, dans sa lente course vers le nord.

 

Dès 1911, le curé Michel Martin de Ferme-Neuve entreprend des voyages exploratoires sur la rivière Tapanee dans le but d’y ouvrir une nouvelle colonie. Malgré l’opposition de la compagnie forestière MacLaren qui ne veut pas voir son territoire de coupe investi par des colons, les démarches portent fruits et le canton Décarie est ouvert à la colonisation en 1916. À la même occasion, Mgr. François-Xavier Brunet, évêque du diocèse de Mont-Laurier, crée une nouvelle paroisse sur le territoire au nom de Sainte Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus-Christ. L’évêque avait déjà en tête l’idée de faire de l’endroit un lieu de culte dédié à cette figure.

Une des femmes colonisatrices de Sainte-Anne-du-Lac

Saviez-vous que?

Une colonisation hâtive

Avant que le canton Décarie soit officiellement ouvert à la colonisation en 1916, quelques familles entreprenantes avaient déjà pris la décision d’aller s’y installer. C’est ainsi que les premiers colons de Sainte-Anne-du-Lac arrivent sur le territoire en 1915. Mais ils paieront cher leur avant-gardisme. La compagnie forestière MacLaren avait alors la concession forestière du canton Décarie. Chaque centimètre du territoire leur était réservé pour l’exploitation forestière. La compagnie envoie donc des gardes-forestiers déloger les quelques familles établies, incendier deux des camps familiaux et en faire déconstruire deux autres. Le colon Théodule Vanier, pour sa part, tient tête à la compagnie et sera ainsi le premier colon officiel du canton l’année suivante.

1920

1931

Le camp de la ferme Tapanee, 1920

Formation du noyau villageois

Dès l’ouverture du canton à la colonisation, plusieurs lots sont cédés à des colons et le territoire de Sainte-Anne-du-Lac connait un peuplement initial très rapide. La même année, en 1916, on construit déjà une première chapelle qui servira également de presbytère et d’école pour le village. En 1920, seulement 4 ans après le début de la colonisation, la population locale est suffisamment nombreuse pour créer la corporation municipale du canton Décarie. Il faudra toutefois attendre 1950 pour que le village obtienne un statut municipal qui lui est propre et, en 1976, le village et la corporation de canton fusionnent pour former la municipalité de Sainte-Anne-du-Lac que l’on connait aujourd’hui.

 

L’église est construite en 1922, deux ans après l’obtention d’un statut municipal et six ans après l’érection de la paroisse. Le presbytère est pour sa part construit en 1925. Le village prend lentement forme dans la décennie, mais cette dernière se termine par la crise économique de 1929, causée par le krach de la bourse de New York. Avec la crise survient un ralentissement majeur de l’économie et le secteur forestier, dont dépend beaucoup la localité, est particulièrement affecté. Heureusement pour Sainte-Anne-du-Lac, on est encore au début de sa colonisation. Les colons s’y installent sur des terres agricoles et sont relativement autonomes, ceux qui dépendent d’un travail salarié sont alors l’exception. Ainsi, malgré la crise, entre 1931 et 1941, la population de la paroisse augmente considérablement, passant de 780 personnes à 1 179 personnes. Ainsi, la crise économique semble avoir bénéficié à Sainte-Anne-du-Lac qui, encore dans sa phase de colonisation agricole, se présentait comme une option intéressante pour éviter les pires effets de la dépression économique via un retour à la vie agricole.

Saviez-vous que?

La ferme Tapanee

Au 19e siècle, les barons du bois investissent les forêts laurentiennes pour y exploiter divers camps forestiers. Ces camps, éloignés des centres habités et coupés des routes d’approvisionnement, étaient alimentés en vivres par des fermes forestières, de vastes exploitations agricoles installées en plein territoire de coupe de bois. Dès 1844, on rapporte la présence de la ferme Tapanee sur la rivière du Lièvre, une vingtaine de kilomètres en amont de l'endroit où la rivière Tapanee se jette dans cette dernière. Cette ferme, plus vieille que la Ferme Neuve de la Montagne (Ferme-Neuve), sera celle qui restera en opération le plus longtemps dans les Hautes-Laurentides. On trouve toujours son numéro de téléphone dans le bottin de 1959 et continuera ses opérations encore quelques années passées cette date. La ferme aura ainsi été en opération pendant plus d'un siècle!

1945

Le Club Nicolak, fondé en 1940

Après-guerre et diversification économique

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale toutefois, la crise économique s’est résorbée et presque plus personne ne fuit la misère de la ville pour devenir agriculteur. Pire encore, certaines familles venues s’établir durant la crise quittent lorsque l’économie se stabilise après la guerre, soit pour retourner en ville ou vers la nouvelle région de colonisation de l’Abitibi. Sainte-Anne-du-Lac doit ainsi développer son économie pour rester attractive face aux nouveaux arrivants. Le secteur forestier, malgré la crise économique, reste une avenue envisageable, mais c’est vers l’industrie touristique que se tournera principalement le village, comme bien d’autres des Hautes-Laurentides, durant la période d’après-guerre. Déjà présents sur le territoire depuis les années 1930, les clubs privés et les pourvoiries gagnent en popularité. Plus tard, après la création du système des « Zones d’Exploitation Contrôlée » à la fin des années 1970, quelques Zecs viendront s’ajouter au lot. L’entrepreneur Zénon Melançon ouvre en 1957 sa compagnie Air Melançon qui transporte les touristes sur les pourvoiries environnantes inaccessibles par voie terrestre. Elle est toujours en opération aujourd’hui après un rachat en 2017 par Air Tamarac.

Saviez-vous que?

Le pèlerinage de Sainte-Anne-du-Lac

Dès la fondation de la paroisse en 1916, on la dédie au culte de Sainte Anne. En 1918, le curé Zénon Bélanger concrétise cette vision par la création d’un pèlerinage dédié à Sainte Anne et se tenant dans son village. Les fidèles sont invités à converger vers le village où plusieurs activités dédiées au culte de Sainte Anne sont organisées. Le pèlerinage gagne en popularité sous les deux curés suivants, Anthime Sicotte et Herman Lassonde, et c’est plus de 2000 personnes qui font le voyage en 1950. Avec la Révolution tranquille, la religiosité baisse drastiquement au Québec et en 1970 le clergé local met fin au pèlerinage. Il est remis sur pied une douzaine d’année plus tard par le groupe citoyen « Les Dames de Sainte-Anne » et continue d’exister jusqu’à ce jour, se tenant chaque année le 26 juillet.

Années 1980

Vue sur le village

Conclusion

Aujourd’hui, le village continue essentiellement dans cette vocation touristique, quoique sa vocation résidentielle pour la région de la Haute-Lièvre a pris de l’importance dans les dernières décennies. Malgré la concentration des emplois à Mont-Laurier, beaucoup prennent la décision de s’établir dans les villages environnants, le tout rendu possible par l’amélioration du réseau routier dans la seconde moitié du 20e siècle. Et l’argument voulant que Sainte-Anne-du-Lac soit un village de choix où s’établir est facilement soutenable, car malgré son éloignement relatif de Mont-Laurier, le village affiche une vie sociale et culturelle particulièrement vivante, tenant même un journal citoyen publié chaque mois.