Fenêtre sur le passé
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1906

Premiers arrivants

Si on atteste de la présence humaine sur le territoire de Chute-Saint-Philippe avant le 20e siècle, via la présence des Anishinabeg, il faut attendre le début du siècle pour y voir l’établissement de premiers colons d’origine européenne. En 1901, le ministre de la colonisation Lomer Gouin annonce la mise sur pied d’une commission d’enquête sur l’état de la colonisation à la suite d’un voyage dans la région. La commission conclut notamment que l’absence de chemin est un obstacle majeur au développement des cantons du Nord, ce qui aboutit à la construction du chemin Gouin de 1902 à 1905. Le tracé de ce dernier relie alors Nominingue à Ferme-Neuve en passant par ce qui deviendra Chute-Saint-Philippe.

 

Félix Tisserand, un immigrant d’origine française et instituteur de profession, fraichement débarqué à Montréal en 1902, s’engage alors comme manœuvre pour la construction du chemin Gouin. Sur le chantier, Tisserand est introduit à la beauté de la localité de Chute-Saint-Philippe. Il est particulièrement attiré par le site de la chute Victoria (nommée en l’honneur de la reine britannique du même nom). Ayant entendu parler du projet éventuel de construire un chemin de fer de Nominingue à Ferme-Neuve suivant le même tracé que le chemin Gouin, Félix Tisserand, anticipant le potentiel de l’endroit, entreprend alors des démarches pour se faire concéder des terres à la chute Victoria. C’est en 1906, un an après l’ouverture du chemin Gouin, que Félix Tisserand obtient la concession de ses terres sur le lot qu’il a choisi près du rapide

Habitation de Félix Tisserand en 1930

Saviez-vous que?

Chute... Léon, Victoria ou Saint-Philippe?

La localité de Chute-Saint-Philippe n’a pas toujours porté ce nom. Selon les écrits de Jean Tisserand, le fils de Félix Tisserand, lorsque son père s’établit pour la première fois à l’endroit, on l’appelait la chute Léon, possiblement en l’honneur du pape Léon XIII qui était alors sur le Saint-Siège. Ce fait est confirmé dans le contrat du postier Sinaï Pilon de 1909 où on identifie la localité postale sous ce nom. Puis, l’endroit serait renommé Chute-Victoria en souvenir de la reine Victoria, morte en 1901. Ce changement de nom prend officiellement effet en 1913 dans la documentation de Postes Canada. Finalement, en 1934, la municipalité reprendrait le nom de la paroisse, nommée en l’honneur de Saint Philippe, et deviendrait Chute-Saint-Philippe.

1908

Le moulin à scie Tisserand, 1911 - 1939

Formation du noyau villageois

Dans les deux années qui suivent, Félix Tisserand construit une maison, à laquelle il ajoute une extension pour accueillir ses parents qui viennent le rejoindre dans son entreprise de colonisation. Dès 1908, suffisamment de colons, les Guindon, Forest, Pilon, Bazinet et autres, sont venus s’établir comme lui à la chute Victoria pour justifier qu’il commence à donner des cours aux enfants du village. Rappelons qu’il était instituteur en France avant de se lancer dans cette brave aventure.

 

Des colons s’établissent à un rythme régulier à la chute Victoria dans les décennies qui suivent l’arrivée de Félix Tisserand, du moins jusqu’au début des années 1930. La construction d’un chemin de fer reliant Nominingue à Ferme-Neuve, anticipée par Félix Tisserand lors de son établissement, n’aura finalement jamais eu lieu, un tracé vers Mont-Laurier aura finalement été privilégié et achevé en 1909. Ce moteur économique d’importance n’ayant jamais été établi au village, c’est l’économie forestière qui servira de poumon économique pour la localité. Mais la crise économique de 1929 vient mettre un frein à cette industrie et les années suivantes sont difficiles pour le village.

1933

1940

École Henri-Bourrassa, 1957

Institutions publiques et municipalisation

Tout de même, ce dynamisme des trois premières décennies, bien qu’accompagné d’un ralentissement à partir des années 1930, a amené la localité de Chute-Victoria dans une situation suffisamment développée pour justifier la création d’institutions qu’on retrouve normalement dans un village. En 1933, on juge la population locale suffisamment importante pour justifier la création d’une nouvelle paroisse, celle de Saint-Philippe-Apôtre. En 1934, on renomme Chute-Victoria pour Chute-Saint-Philippe et on construit l’église. En 1938, la commission scolaire de Chute-Victoria, établie en 1918 à la demande de Félix Tisserand, devient la commission scolaire de Chute-Saint-Philippe.

 

Finalement, en 1940, le village est officiellement érigé en corporation municipale et le premier maire, Henri Jolicoeur, est élu. La nouvelle municipalité de Chute-Saint-Philippe réunit alors trois secteurs qui s’étaient quelque peu développés séparément : le secteur traditionnellement nommé Chute-Victoria, autour de la fameuse chute, le secteur Val-Viger et le secteur du Lac David. La construction de routes convenables a grandement favorisé cette intégration.

Saviez-vous que?

Secteur Val-Viger

Dans les années 1930 un nouveau secteur se développe autour du lac Rochon. En 1935, Ernest et Paul Viger installent un moulin à scie et ouvrent un magasin général. Un bureau de poste donnera son nom au petit village. Ce sera Val-Viger où plusieurs colons s'installent avec l'ouverture de nouveaux lots de colonisation. Ce sera un secteur très prospère. Les Viger, Michaudville, Jolicoeur s'y sont installés et ont laissé leur marque comme commerçants et hommes d'affaires dans le futur Chute-Saint-Philippe.

1945

Inauguration d'un sentier de motoneige par le club 34, Chute-Saint-Philippe, années 1990

L'après-guerre

Mais si Chute-Saint-Philippe est maintenant officiellement une municipalité avec toutes les institutions nécessaires à ce titre, les choses ne sont pas roses pour autant. L’économie, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, repose encore principalement sur l’industrie forestière, qui bat de l’aile et qui continuera de se dégrader dans les années suivantes. À partir des années 1950, on commence à constater et à développer le potentiel touristique de Chute-Saint-Philippe. Le moment est idéal, la route Montréal-Abitibi a été achevée une dizaine d’années plus tôt, en 1940, et la classe moyenne fait son apparition, accompagnée des loisirs qui y sont propres, comme la villégiature.

 

De 1962 à 1978, un organisme à but non lucratif, La réserve de chasse et pêche de Chute-Saint-Philippe, se porte garante du développement touristique du village. En 1986, la municipalité collabore avec la Coopérative forestière des Hautes-Laurentides pour la création d’une pépinière sur son territoire qui servira à la création de plans d’arbres pour la reforestation. Un projet imaginatif et écoresponsable avant l’heure qui a ramené la foresterie à l’avant-plan dans une localité où elle l’était historiquement. Malheureusement, la pépinière a dû fermer ses portes dans les dernières années. C’est toutefois sur l’industrie touristique qu’on continue de se reposer, comme le témoignent les initiatives plus récentes, comme la collaboration avec la Société de développement du réservoir Kiamika, depuis 2013, ou la tenue du festival du Gros Gras, depuis 2018.