Fenêtre sur le passé
En chargement

1864 env.

L'exploitation forestière

Comme beaucoup de villages régionaux, Ferme-Neuve peut lier ses origines européennes à la présence d’une ferme forestière. Là où Ferme-Neuve diffère, c’est que la ferme aura donné son nom à l’éventuel village.

 

C’est vers 1864 que la décision est prise de faire construire une ferme forestière à une trentaine de kilomètres au nord de la Ferme Rouge. On construit une maison de ferme principale en pièce sur pièce qui viendra à être connue sous le nom de « Concerne », possiblement de l’anglais « concern », terme employé à l’époque pour désigner une « affaire, entreprise ou compagnie ». L’exploitation toute nouvelle prend donc le nom de Ferme Neuve… de la Montagne, due à sa proximité avec l’imposante Montagne du Diable.

 

Dans les années 1890, les chantiers forestiers se trouvent encore plus au nord et la Ferme Neuve de la Montagne commence à être trop éloignée pour être vraiment utile. La MacLaren prend la décision de concentrer ses activités agricoles pour le nord de la Lièvre à la Ferme Tapanee, une vingtaine de kilomètres en amont, près de l’endroit où la rivière Tapani se jette dans la Lièvre. La Ferme Neuve de la Montagne est alors mise sur le marché par la MacLaren. Le curé Trinquier de Notre-Dame-du-Laus, qui venait sporadiquement faire la messe à la Ferme Neuve depuis 1873, s’en porte acquéreur dans le but d’y établir une colonie.

La Concerne, 1982

1891

Luce Moncion et Cyrille Lafontaine devant leur seconde demeure

Premiers arrivants

C’est Cyrille Lafontaine, hôtelier de Notre-Dame-du-Laus, qui en devient le propriétaire après l’avoir rachetée au curé Trinquier en 1891. Occupé à Notre-Dame-du-Laus, il envoie d’abord son fils, Léonard, gérer la ferme pendant quelques années, avant de s’y établir lui-même avec le reste de sa famille en 1894.

 

D’autres colons font leur arrivée dans les années qui suivent, attirés par l’excellente réputation du sol agricole, exemplifiée pendant plusieurs années par les rendements de la Ferme Neuve de la Montagne. Pendant les 10 premières années, la route pour s’y rendre est difficile. La plus directe consiste à remonter l’entièreté de la Lièvre, mais la plus populaire, et la plus longue, est de rejoindre Kiamika par le chemin Chapleau (qui relie Kiamika à Nominingue) puis de remonter le reste de la Lièvre jusqu’à la Ferme Neuve. Considérant que la plupart des colons venant s’établir à Ferme-Neuve proviennent des Basses-Laurentides, la route du chemin Chapleau reste la plus populaire pour éviter le détour par l’Outaouais.

 

Cette situation impacte la colonisation de Ferme-Neuve. Un constat posé par le ministre de la colonisation de l’époque, Lomer Gouin, lors d’un voyage exploratoire dans la région en 1901 qui aboutit en une commission d’enquête sur l’état de la colonisation en 1902. L’absence de chemins est soulevée comme un des obstacles majeurs à la colonisation, ce qui mène à la création du chemin Gouin entre 1902 et 1905 qui relie Nominingue à Ferme-Neuve.

Saviez-vous que?

Le lac des Journaliste

En 1901, le ministre de la colonisation vient explorer la région pour constater l’état du peuplement, accompagné de sa délégation, dont huit journalistes. Les journalistes sont tous frappés par les difficultés rencontrées par les colons et, de retour à Montréal, organisent une levée de fonds pour que Ferme-Neuve érige une première école au village du nom de « École des Journalistes ». Pour souligner leur action, on renomme également le petit lac à l’entrée du village le « Lac des Journalistes ».

Années 1900

Le deuxième magasin de Sam Matts

Formation du noyau villageois

Les premiers arrivants sont, comme les Lafontaine, des cultivateurs qui s’installent sur les terres agricoles environnantes. Mais avec une population grandissante, les besoins se multiplient et c’est vers le début du 20e siècle que les premiers colons ayant l’intention de répondre à ces besoins s’établissent. Ils le font pour la plupart près de la « Concerne » et, rapidement, un noyau villageois se forme. Le premier moulin à scie, le moulin Leblanc, est bâti en 1900. Un second est construit en 1902 par Augustin Doré et Toussaint Cloutier en amont du premier, environ 5 milles au nord du village. Le magasin-général Éthier ouvre en 1900, suivi de près par le magasin Charbonneau en 1901 et celui de L.I. Matts en 1903.

 

La décennie 1910 est témoin de l’établissement de services professionnels et commerciaux. Le premier médecin, Henri Berthiaume, s’y établit en 1911. Le premier hôtel ouvre ses portes vers 1910 et le premier bureau de poste en 1915. À la fin de la décennie, on compte à Ferme-Neuve six moulins à scie, deux moulins à farine, quatre fromageries, une tannerie, cinq magasins, un médecin, l’église de 1905, cinq écoles et même un service de télégraphe et de téléphone! En 1917, la population devient suffisamment nombreuse pour que le village soit détaché de la corporation municipale des cantons unis de Pope et Robertson pour devenir une municipalité à part entière.

Années 1920-1930

L'école Sacré-Cœur, construite en 1942

Modernisation de la vie quotidienne

Bien que le village se développe pendant les deux premières décennies du siècle, on continue d’y vivre à l’ancienne. La vaste majorité de la population est fermière, on s’éclaire à la lampe à l’huile et on se déplace à cheval. Mais dès la fin des années 1920, la modernité fait son entrée à Ferme-Neuve et les habitants peuvent espérer vivre sous peu comme le reste du Québec. En 1927, l’entrepreneur J.A. Fournier de Québec commence l’installation de poteaux électriques. Il faut toutefois attendre 1947 pour que la majorité du village, les trois quarts, soit connectés au réseau. En 1931, on met en poste un premier constable, Émile Matts. Ferme-Neuve s’est doté pour la première fois d’un service policier. L’année 1928 marque l’introduction d’un système d’aqueduc, de l’éclairage des rues et de l’ouverture d’une route en gravelle entre Ferme-Neuve et Mont-Laurier. Vers la fin des années 1940, la modernisation est bien enclenchée et la majorité des habitants du village vivent avec les mêmes commodités que ceux du reste de la province.

20e siècle

Le premier moulin de Fortunat Meilleur

L'industrie forestière

On ne peut parler de Ferme-Neuve sans aborder la question de l’industrie forestière. Ancienne ferme forestière, le destin du village est lié à celui de la forêt depuis ses origines. Les chantiers forestiers étant principalement concentrés au nord de Ferme-Neuve durant la période de colonisation, le village a su profiter de ce fait pour se développer. Que ce soit des commerçants comme Sam Matts qui profitent des activités des chantiers environnants de la MacLaren en les fournissant en vivres et produits divers ou des « jobbers » locaux qui se lancent dans l’industrie forestière, d’abord comme sous-contractants pour la MacLaren, ensuite comme exploiteurs de C.A.A.F. (Contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier, un nouveau système introduit par le gouvernement québécois en 1986 qui vient mettre un terme au système des concessions forestières en place depuis les années 1820). Certains de ces « jobbers » deviendront d’importantes parts de l’économie locale, comme les Papineau et les Labelle. D’autres profiteront du dynamisme dans l’industrie forestière locale pour alimenter leur moulin à scie. Les Meilleur seront les plus efficaces dans ce développement. Fortunat Meilleur achète son moulin d’Albiny Éthier en 1915. Situé à la sortie du village, vers Mont-St-Michel, il passe à son fils Maximilien en 1940 qui le passe à son tour à son propre fils, Léandre, en 1960. La compagnie deviendra au fil du temps le plus gros employeur du village.

Saviez-vous que?

Ferme-Neuve, capitale régionale?

Ferme-Neuve aurait bien pu être dans la position qu’occupe aujourd’hui la ville de Mont-Laurier, celle de capitale régionale des Hautes-Laurentides. En effet, au moment de l'aménagement du chemin Gouin entre 1902 et 1905, qui reliait Nominingue à Ferme-Neuve, on envisage la possibilité de prolonger le chemin de fer en suivant le même tracé. Le P’tit train du Nord aurait ainsi eu son terminus à Ferme-Neuve plutôt qu’à Mont-Laurier, ce qui aurait grandement impacté les développements subséquents des deux villages. C’est, après tout, la présence du train à Mont-Laurier qui a permis à la ville, dans un effet boule de neige, d’obtenir son statut de capitale régionale.

1945

Sentier de motoneige sur la Montagne du Diable, années 1990

L'industrie touristique

Parallèlement au développement de l’industrie forestière, une seconde industrie d’importance se développe, celle du tourisme. On développe ainsi certaines zones au fort potentiel touristique, comme celle du réservoir du Baskatong qui est créé en 1927 par l’érection du barrage Mercier. Il faut toutefois attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que l’industrie touristique aux alentours de Ferme-Neuve se développe vraiment. D’abord, ce sont des clubs et des pourvoiries privés qui s’installent; la Bear Point Lodge de John Ménard Lamoureux en 1949 à l’extrémité sud de la Baie des Sables ou la pourvoirie des frères Pagé construite un peu en aval de la Bear Point Lodge aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, pour ne nommer que celles-ci. Aujourd’hui, les pourvoiries et les ZECs (territoires de chasses et pêches publics créés en 1978 par le gouvernement du Québec) ont continué de proliférer et représentent une part importante de l’économie fermeneuvienne.

 

Le parc de la Montagne du Diable fait également partie de ces entreprises touristiques d’importance pour la localité de Ferme-Neuve, bien que son histoire soit plus récente. C’est en 1994 qu’une première tentative d’exploiter la montagne à des fins touristiques prendra forme lorsque nait l’organisme « Forêt récréotouristique de la Montagne du Diable ». En 2001, l’organisme les « Amis de la Montagne du Diable » reprend le flambeau et introduit des principes de collaboration avec la municipalité de Ferme-Neuve et d’écoresponsabilité dans leur gestion de la montagne. Finalement, c’est en 2012 qu’est créé officiellement le « Parc Régional Montagne du Diable » qui s’occupe depuis de sa gestion.

Cinéma Le Vimy, fermé en 1983

Conclusion

L’histoire de Ferme-Neuve est ainsi intrinsèquement liée à celle de l’industrie forestière. Une ancienne ferme forestière aura été témoin de la naissance du village et, plus d’un siècle plus tard, c’est à Ferme-Neuve qu’on retrouve certains des plus grands entrepreneurs forestiers locaux. Il ne faut toutefois pas oublier l’importance qu’aura prise l’industrie touristique dans le développement du village. Ferme-Neuve et ses alentours sont de véritables paradis de chasse et pêche, ce qui aura contribué massivement au développement du village depuis la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, l’industrie touristique semble mieux se porter que jamais, les pourvoiries et ZECs ayant affiché des chiffres records dans les dernières années (en partie grâce aux effets de la pandémie de COVID-19) et le Parc régional de la Montagne du Diable est plus dynamique que jamais.