
1916
1920
1945
Années 1980
Comme pour beaucoup des villages sur la Lièvre, ce sont les compagnies forestières qui sont les premières présences d’origine européenne sur le territoire. Dès 1844, on rapporte dans la région de Sainte-Anne-du-Lac, en amont de la décharge de la rivière Tapanee, la présence d’une ferme forestière appartenant au baron du bois Lévis Bigelow, installé à Buckingham. Les forestiers restent la seule présence d’origine européenne sur le territoire de Sainte-Anne-du-Lac pour le reste du siècle. En effet, la colonisation sur la Lièvre commence véritablement dans les années 1880 et se concentre d’abord autour de Mont-Laurier, qui se positionne comme point de départ du mouvement. Il faudra donc attendre les années 1910 avant que ce mouvement colonisateur se rende jusqu’à Sainte-Anne-du-Lac, dans sa lente course vers le nord.
Dès 1911, le curé Michel Martin de Ferme-Neuve entreprend des voyages exploratoires sur la rivière Tapanee dans le but d’y ouvrir une nouvelle colonie. Malgré l’opposition de la compagnie forestière MacLaren qui ne veut pas voir son territoire de coupe investi par des colons, les démarches portent fruits et le canton Décarie est ouvert à la colonisation en 1916. À la même occasion, Mgr. François-Xavier Brunet, évêque du diocèse de Mont-Laurier, crée une nouvelle paroisse sur le territoire au nom de Sainte Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus-Christ. L’évêque avait déjà en tête l’idée de faire de l’endroit un lieu de culte dédié à cette figure.
Dès l’ouverture du canton à la colonisation, plusieurs lots sont cédés à des colons et le territoire de Sainte-Anne-du-Lac connait un peuplement initial très rapide. La même année, en 1916, on construit déjà une première chapelle qui servira également de presbytère et d’école pour le village. En 1920, seulement 4 ans après le début de la colonisation, la population locale est suffisamment nombreuse pour créer la corporation municipale du canton Décarie. Il faudra toutefois attendre 1950 pour que le village obtienne un statut municipal qui lui est propre et, en 1976, le village et la corporation de canton fusionnent pour former la municipalité de Sainte-Anne-du-Lac que l’on connait aujourd’hui.
L’église est construite en 1922, deux ans après l’obtention d’un statut municipal et six ans après l’érection de la paroisse. Le presbytère est pour sa part construit en 1925. Le village prend lentement forme dans la décennie, mais cette dernière se termine par la crise économique de 1929, causée par le krach de la bourse de New York. Avec la crise survient un ralentissement majeur de l’économie et le secteur forestier, dont dépend beaucoup la localité, est particulièrement affecté. Heureusement pour Sainte-Anne-du-Lac, on est encore au début de sa colonisation. Les colons s’y installent sur des terres agricoles et sont relativement autonomes, ceux qui dépendent d’un travail salarié sont alors l’exception. Ainsi, malgré la crise, entre 1931 et 1941, la population de la paroisse augmente considérablement, passant de 780 personnes à 1 179 personnes. Ainsi, la crise économique semble avoir bénéficié à Sainte-Anne-du-Lac qui, encore dans sa phase de colonisation agricole, se présentait comme une option intéressante pour éviter les pires effets de la dépression économique via un retour à la vie agricole.
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale toutefois, la crise économique s’est résorbée et presque plus personne ne fuit la misère de la ville pour devenir agriculteur. Pire encore, certaines familles venues s’établir durant la crise quittent lorsque l’économie se stabilise après la guerre, soit pour retourner en ville ou vers la nouvelle région de colonisation de l’Abitibi. Sainte-Anne-du-Lac doit ainsi développer son économie pour rester attractive face aux nouveaux arrivants. Le secteur forestier, malgré la crise économique, reste une avenue envisageable, mais c’est vers l’industrie touristique que se tournera principalement le village, comme bien d’autres des Hautes-Laurentides, durant la période d’après-guerre. Déjà présents sur le territoire depuis les années 1930, les clubs privés et les pourvoiries gagnent en popularité. Plus tard, après la création du système des « Zones d’Exploitation Contrôlée » à la fin des années 1970, quelques Zecs viendront s’ajouter au lot. L’entrepreneur Zénon Melançon ouvre en 1957 sa compagnie Air Melançon qui transporte les touristes sur les pourvoiries environnantes inaccessibles par voie terrestre. Elle est toujours en opération aujourd’hui après un rachat en 2017 par Air Tamarac.
Aujourd’hui, le village continue essentiellement dans cette vocation touristique, quoique sa vocation résidentielle pour la région de la Haute-Lièvre a pris de l’importance dans les dernières décennies. Malgré la concentration des emplois à Mont-Laurier, beaucoup prennent la décision de s’établir dans les villages environnants, le tout rendu possible par l’amélioration du réseau routier dans la seconde moitié du 20e siècle. Et l’argument voulant que Sainte-Anne-du-Lac soit un village de choix où s’établir est facilement soutenable, car malgré son éloignement relatif de Mont-Laurier, le village affiche une vie sociale et culturelle particulièrement vivante, tenant même un journal citoyen publié chaque mois.