
C’est l’année 1885 qui marque l’arrivée des premiers colons d’origine européenne sur le territoire qui deviendra, plus tard, Mont-Laurier. Deux groupes de colons sont alors à l’origine de la colonie en devenir : le groupe Fortier et le groupe Alix-Bail.
Le groupe Fortier, originaire de Sainte-Adèle et composé des frères Louis-Norbert, Wilfrid et Alfred, est le premier à se présenter au rapide de l’Orignal cette année-là, en juin. Convaincus, les frères Fortier procèdent au marquage des arbres pour délimiter les lots qu’ils ont choisis, juste au-dessus du rapide, sur la rive nord. Satisfaits, ils replient bagages et repartent vers Sainte-Adèle pour aller finaliser la paperasse nécessaire pour acquérir leur lot.
C’est en route vers Sainte-Adèle, arrêté à l’Hôtel Renaud de la Chute-aux-Iroquois (Labelle), que notre premier groupe de colons fait la rencontre fortuite d’un second groupe intéressé à aller coloniser le rapide de l’Orignal, le groupe Alix-Bail. Originaire des Cantons-de-l’Est, le groupe composé de Solime Alix et d’Adoplphe Bail s’est aussi laissé séduire par les propos du curé Labelle sur le potentiel du rapide de l’Orignal. Le lendemain, le groupe Alix-Bail quitte Chute-aux-Iroquois pour poursuivre la route jusqu’au rapide. Comme pour le groupe Fortier, les deux hommes sont rapidement séduits par l’endroit et ils prennent la décision de repartir à Waterloo pour revenir s’établir sur la Lièvre le plus rapidement possible. Nous sommes alors en juin de l’année 1885.
C’est seulement deux mois plus tard, le 19 août 1885, que le groupe Alix-Bail, maintenant accompagné du beau-frère de Solime, Alphonse Hudon et du frère d’Adolphe, Georges, revient s’établir au rapide. Ils s’installent dans un petit camp de bûcherons laissé à l’abandon et commencent le dur labeur de défricher leur terre. Un mois plus tard, le 23 septembre, le groupe Fortier arrive au rapide pour la deuxième fois avec l’intention de commencer leur établissement. Mais une mauvaise surprise les attend. Le groupe Alix-Bail s’est installé sur la rive nord de la rivière, là où ils avaient prévu s’établir. Mais on ne se laisse pas abattre. Le groupe Fortier accepte de revoir ses plans et s’installe plutôt sur la rive sud.
Les années qui suivent se ressemblent. Des familles, pour la plupart originaire des Basses-Laurentides, viennent s’établir dans la nouvelle colonie sur la Lièvre. On s’installe près des arrivants précédents et, peu à peu, les terres qui sont aujourd’hui Mont-Laurier sont toutes occupées et toutes en friches. La démographie y devient assez importante pour justifier l’apparition de services en tout genre : magasins généraux, moulins à scie, moulins à farine, hôtels, ferblantier, fromager, forgeron, barbier et on en passe. Ces professionnels, ne vivant pas de la terre, s’installent tous au cœur de la nouvelle localité, à proximité de tous les colons environnants et, peu à peu, un noyau villageois se forme.
Les trente premières années du 20e siècle sont la scène de beaucoup de changements pour Mont-Laurier. C’est la période durant laquelle le petit village, en tout point semblable aux autres villages de la région, devient la capitale régionale. Mont-Laurier réussit ce coup d’exploit en bonne partie grâce à la persévérance du curé de la paroisse, Alphonse Génier. Ce dernier, conscient que la région des Hautes-Laurentides est de plus en plus populeuse, sait très bien qu’une capitale régionale est sur le point d’émerger et il souhaite que sa ville en soit la gagnante.
Mais Génier est un homme intelligent et il sait que sa ville a une lacune majeure qui la disqualifie de facto : le train ne s’y rend pas. Génier débute donc sa croisade et multiplie les actions pour obtenir le prolongement du chemin de fer jusqu’à Mont-Laurier. À force de pressions auprès des premiers ministres Lomer Gouin et Wilfrid Laurier, il obtient gain de cause. Le projet est accepté et, en 1909, le premier train fait son entrée en gare à Mont-Laurier. La ville a alors tout ce qu’il faut pour devenir la capitale régionale, mais un autre village convoite aussi ce statut : Nominingue. Et comme Mont-Laurier, Nominingue est tout à fait propice à devenir capitale régionale. Le chemin de fer y passe également, il y a une solide communauté et l’industrie s’y porte bien. En fait, Nominingue est possiblement mieux placée que Mont-Laurier. Elle occupe une position plus centrale et, surtout, le curé Labelle avait anticipé Nominingue comme capitale régionale avant sa mort en 1891.
Le curé Génier est d’avis différente. Un an seulement après l’arrivée du train, Génier réussit à obtenir l’appui de Wilfrid Laurier pour qu’un nouveau district judiciaire soit créé dans le Nord dont Mont-Laurier serait le chef-lieu. En 1913, le palais de justice est achevé. Cette même année, les actions du curé Génier portent fruit au niveau religieux également. Un nouveau diocèse est créé et Mont-Laurier obtient le siège épiscopal, ce qui mènera à la construction de la cathédrale en 1919.
Ainsi, en 1920, la candidature de Nominingue pour devenir la capitale régionale n’a plus de sens, trop a déjà été centralisé à Mont-Laurier et il n’est que logique de continuer en ce sens. La ville en vient ainsi à accueillir la commission scolaire régionale (aujourd’hui le Centre de services scolaires, installé dans l’ancienne académie du Sacré-Cœur), le première hôpital moderne régional, les sièges locaux des ministères du Transport, de la Forêt, de la Faune et des Parcs, de la Sécurité Publique, ainsi que le poste régional de la Sureté du Québec et on en passe.
Parallèlement, la ville de Mont-Laurier obtient également un statut de ville-relais due à sa position géographique. Après la finition de la route Montréal-Abitibi en 1940, Mont-Laurier se retrouve à la jonction des Laurentides, de l’Abitibi et de l’Outaouais. Les voyageurs s’y arrêtent constamment avant de se lancer dans la traversée d’une des trois régions environnantes, ce qui stimule massivement l’économie locale. Et cette vivacité économique est également alimentée par les habitants de la région. En tant que grande ville régionale, c’est à Mont-Laurier que les commerces spécialisés ouvrent leurs portes, question d’être accessibles à tous, encore une fois au profit de la ville sur la Lièvre.
Cette période de croissance continue jusqu’à la fin des années 1970. Suite à cette période, plusieurs changements feront en sorte que Mont-Laurier entre dans une période de stagnation. Les deux crises du pétrole, celle de 1973 et celle de 1979, ont massivement réduit les échanges commerciaux dans le monde et l’industrie forestière, forte source de revenus pour la ville de Mont-Laurier, est fortement impactée. De plus, une réforme de la fiscalité québécoise mise en place en 1979 réduit grandement les revenus de la ville. Jusqu’alors, les revenus de taxes de vente revenaient aux municipalités où les achats étaient faits, une énorme source de revenus pour Mont-Laurier qui était, en quelque sorte, le centre commercial de la région.
Depuis, les projets de développements se font plus rares, faute de moyens et peu de nouvelles personnes viennent s’établir, faute de nouveaux emplois. Soulignons toutefois que la tendance semble se résorber depuis quelques années. Les projets culturels et sociaux semblent être de plus en plus communs et la démographie régionale est en hausse constante. Peut-être reverrons-nous sous peu les bons jours passés?